La poubelle à passions déborde de bons sentiments
ROUTES MUSULMANES
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La situation de l’islam en France est assez particulière. On a l’impression que le problème des banlieues mijote dans le même chaudron que le danger islamiste, entre le racisme pur et l’ethnocentrisme, dans un pot-bouillle « à la Française » assez déstabilisant.
Pour ma part, j’ai rencontré ici tous les niveaux d’engagement religieux, et je peux difficilement tirer de conclusion sur l’islam en France… J’avance à tâtons sur ce sujet, je ne veux pas oublier la diversité de la situation, ni la complexité des enjeux. Ni excuser onze connards qui refusent de taper dans la baballe qu’on leur donne amicalement. Et encore moins saler la soupe de l'extrême-droite.
Qu’est-ce que je peux dire, quand même, rapport à la France, du haut de ma seule expérience ?
Il y a encore 15 ans, pour voir des niqâb à Paris, fallait se lever tôt ou aller faire ses courses chez Vuitton, sur les Champs-Élysées.
C’est encore sur les Champs-Élysées que je croise les riches « salafistes » en goguette, quand je veux voir de visu ce que Tartuffe a pondu de plus conséquent… Mais, en bon parigot, je ne vais guère plus dans les « quartiers musulmans de banlieue »… (Notez que je vais pas non plus sur la « plus belle avenue du monde » que je considère – toujours en bon parigot – comme une déshonorante coulée de merde.)
Les « quartiers musulmans de banlieue »… Tout est là. Trouver ce gente d'espaces ghettos dans un
pays démocratique n'est pas un signe de bonne santé !
A mon sens, le problème en France est lié à une certaine « condition » de la population musulmane. Cette condition a changé, elle va changer encore. Dans quel sens ? Là aussi, on verra. Il est probable qu’on arrive à un équilibre entre respect de la république et valeurs religieuses. Ça ne me satisfera pas, parce que je n’ai aucune sympathie pour les calotins, qu’ils se dissimulent derrière des barbes ou des kipas, et ça ne les satisfera pas, parce qu’ils se méfieront de moi. Mais on en restera là, parce que ça s’appelle le statu quo et qu’il faut bien vivre ensemble.
Tiens ! Je me surprends en pleine contradiction ! Je disais ne pas partager les thèses de Hitchens ou Dawkins ! Et me voilà pourtant en train d’affirmer une méfiance de principe… Tant pis, vous ferez avec… j’y arrive bien, moi ! Suffit de se rappeler que je ne défends pas ici la religion, non : je condamne juste l'islamophobie.
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Les fringues… Quel débat ! Une vraie chienlit. Pour ma part, je n’ai toujours pas de certitudes. Je
parlais de « routes musulmanes », voici un bref résumé de mes errances sur la question du voile…
Le voile cristallise les débats pour plusieurs raisons. La principale, me semble-t-il, est qu’il permet ici
de partir en croisade par le biais d’une cause remarquable : la condition de la femme. Ah ! Comme je suis preux et chevalier, mon ami ! Tartufe redux ! Comme quoi, y’a pas
que les salafistes pour remettre Molière au goût du jour !
A priori, je défends le libre arbitre. Et si une femme veut porter un voile, qu'elle le fasse. En revanche : qu'elle l'enlève à l'école. L'école est laïque. Mais la rue, c'est un autre espace. Donc : libre arbitre. Même pour la burqa ? Ben... La rue, c’est la rue ; c’est un reflet de la société. Et s’il y a dans la société des femmes qui « acceptent » de s’habiller comme ça, je ne crois pas qu’on puisse le gommer. A condition que la laïcité soit respectée dans les lieux symboliques de la république, je ne peux rien interdire dans la rue. Alors, oui, je sais… c’est assez naïf, aujourd’hui, d’espérer qu’une femme qui se déplace avec son propre poids en rideau sur la tronche va se découvrir en entrant dans une mairie, pour se couvrir à nouveau en sortant ; mais, si ça devait se produire, je n’aurais plus grand-chose à redire. Vous voyez la nuance ? Encore une fois : si la laïcité est reconnue dans les lieux de la république, je défends une rue « ouverte »…
Bon... on en est loin. Alors ? Naïveté à part : qu’est-ce qu’on fait ?
Pour moi, on ne peut interdire que les voiles qui cachent le visage. Pas pour des questions religieuses, non : juste parce qu'on ne se balade pas avec une cagoule sur la tronche dans l'espace public. (Sauf quand il fait -20°.) Pourquoi ? Ben... on va dire : sécurité publique. Si tout le monde commence à circuler en sous-commandant Marcos, ça va vite devenir flippant. Alors on l'interdit. Donc : niqab et burqa - out ! Mais tous les autres voiles, pourquoi pas.
Et là, on va me traiter d'hypocrite, genre "ton interdiction de cagoule, tout le monde sait bien que c'est contre la burqa ! Pourquoi pas s'en prendre directement à la source du problème - les signes religieux ?"
Mouais... la frontière entre le respect et l’hypocrisie étant ténue par nature, faut pas trop me gonfler avec vos soudains besoins d'authenticité dans l’espace public, et si on commence à s’en prendre aux principes religieux qui sous-tendent les fringues, on va tous finir en col mao.
Si on n'interdit pas le côté "cagoule", on ne peut interdire le niqab et la burqa qu’en condamnant le principe qui les justifie… En évoquant, n'est-ce pas, le simple respect de la femme... Et comme ce principe se décline, faudrait aussi interdire le tchador… Et pourquoi s’arrêter aux femmes, d’ailleurs ? Après tout ? Et les enfants lubavitch ? Parce que, bon, des gamins de 4 ou 5 avec des rouflaquettes et le costume idoine, ça relève de la même barbarie, non ? Et je ne vois pas pourquoi, dans la foulée, on n’interdirait pas les robes de bure des bonnes sœurs… Signes religieux !
Résultat, histoire de calmer tout le monde : et hop ! un costume de petit timonier.
Ou alors, on pose d’emblée que le seul voile autorisé sur le sol français est un petit hijab. Ce qui ne résout pas la question précédente : on fait quoi pour les lubavitch ? Ils portent leur religion de la tête aux pieds, ces gars-là, avec leurs mômes en sautoir attifés pareils !
Reste le nationalisme, c’est-à-dire affirmer que les robes de bure ou les
mosettes sont moins choquants que les autres, parce qu’on est un pays chrétien depuis belle lurette. Ce qui équivaut à figer la "culture française" dans une série de chromos, qu'on va considérer
comme non-négociables. (Erection unanime des mâles d'extrême-droite.)
Alors, là… évidemment… autant reconstruire les ghettos d’antan, parce que je connais des Français qui vont un peu renâcler !
La France de papi n’est plus tout à fait la France d’aujourd’hui ! Et les forceps, je le rappelle, c’est pour faire venir les nouveaux nés, pas pour conserver les vioques.
Dans les faits, ce nationalisme old school est malheureusement courant. Les balieues loulou sont devenues les banlieues zarma. Et les ghettos d’antan, constitués sur une base religieuse, se développent en France…
« Ah ! Ouais, mais – mec ! – l’islam, il a des commandements quotidiens, les 5 prières, plein de trucs, c’est pas soluble dans notre vie à nous ça ! Ou bien ce serait que tu tortilles du cul comme une pédale bien-pensante ? »
Bon, pour résumer…
On ne peut pas empêcher en France la création d’écoles privées qui dispense entre autres un enseignement religieux ; on peut en revanche imposer un programme scolaire sur le territoire français. Et considérer que les théories créationnistes n’ont rien à faire dans le cadre d’un enseignement qui dispense un diplôme reconnu par la République.
On ne peut pas obliger onze abrutis à jouer au football avec une équipe qui compte des homosexuels. En revanche, on peut les exclure de la ligue CFL. Et se foutre de leur gueule, au passage. Et vérifier, pour ceux que les « zones de flou » intéressent, que les joueurs étaient unanimes, qu’un quelconque leader n’a pas parlé en leur nom, etc. Au vu des éléments en ma possession (j’adore cette formule, genre : je suis super informé… Tu parles, j’ai tout chopé sur le net), au vu, donc, d’une recherche assez peu rigoureuse, je suis quand même tenu de signaler que leur zone de flou ne m’empêche pas de les considérer comme de gros ploucs quasiment néanderthaliens.
Plus tard, rapport aux fringues, si les tensions s’apaisent, le voile sera peut-être moins porteur de symboles. Alors, oui, pourquoi pas le garder à l’école. L’Histoire avance, les enjeux se modifient ; je n’ai pas de certitudes sur la question. Mais vu les tensions du moment, je préfère défendre une laïcité un peu rigide.
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Quelqu’un m’a dit que des associations musulmanes avaient exigé que le porc soit retiré des rayonnages d’un supermarché lambda. Je ne connais pas les détails de l’affaire, mais le supermarché aurait accepté.
Je dis « aurait » parce que je n’ai pas trouvé de traces de ce fait-divers. Ça ressemble fort à de l’intox, à de l’info tronquée…
Admettons que ce soit vrai… je n’ai pas besoin d’autre chose qu’une hypothèse pour la suite !
Bon… Si je veux bien me battre pour qu'ils s’habillent comme ils veulent dans la rue, j'aimerais assez qu'ils me laissent bouffer Porky où j’en ai envie.
Du coup, qu'est-ce qu'on peut faire ? Parce que c'est ça, la vraie question : c'est quoi l'attitude à prendre
?
Pour que le magasin en question se soumette à ce diktat, c'est que le poids financier de la communauté musulmane à tel endroit est énorme. On en revient à ce que je disais : on fait quoi ? Plutôt
que de taper sur une religion, ce qui est tout à fait contre-productif, on devrait plutôt "délayer" les communautés : c'est ça qu'on appelle la "mixité sociale", non ? A priori, ce terme n’a
pas été inventé comme ça, juste pour alimenter le glossaire gauchiste ?
La France s'est aménagée des ghettos très inquiétants. Du coup, défendre la mixité sociale est en somme très pragmatique et très intéressé ! J'ai habité dans le quartier de Couronnes, à
Paris… un quartier musulman : pas de porcs dans les boucheries hallal, évidemment, mais on en trouvait au Franprix du coin, où tous les musulmans allaient faire leur course. Pourquoi ? Parce
c'est en plein Paris, justement, et que ça ne viendrait à l'idée de personne de compartimenter à ce point ! D’autant plus qu’il y a les Chinois à Belleville, juste à côté, et qu’il faut bien que
tout le monde commerce ensemble.
Autre chose : à Couronnes, entre deux mosquées, il y a une synagogue. Des problèmes ? Aucun. CQFD. Quand je dis « aucun », entendons-nous : sur le marché, le racisme, on le
constate… y’a qu’à voir comment tel vendeur algérien va t’engueuler une ménagère malienne parce qu’elle touche les légumes. Sale négre. Ou comment tel Français du cru, sympathique retraité,
déplore que sa ville ne soit plus aussi « propre » qu’avant.
La mixité a un avantage paradoxal : les gens apprennent à se haïr sans s’entretuer.
EPILOGUE
« Ah ! Ouais… mais… Pourquoi on devrait faire un effort chez nous, alors qu’on doit se soumettre à leurs règles, chez eux ? »
Voilà bien une question que je ne me pose pas, attendu que je conchie la France à hauteur des espérances que je mets dedans : tant que mon pays n’est pas comparable à la Chine ou au Pakistan, je ne trouve pas incongru d’être plus exigent « chez moi » que « chez eux »…
Et, quitte à comparer, je préfère mettre la France sur le même plan que les Pays-Bas ou l’Allemagne. De fait, la rue y est sensiblement plus « variée » à Amsterdam ou Berlin qu’à Paris… et la politique un peu moins guignolesque, surtout depuis qu’on s’égare ici sur les chemins des quartiers d’affaires altoséquanais.
Ah ! La rue… Tout ça pour dire que j’en reviens à ma conception libérale de la rue, ainsi qu’à un devoir de « vigilance » sur les amalgames et les clichés qui parcourent la société française, rapport à l’islam…
Un exemple, entre mille… juste ici… et qui permet de mesurer le « coût humain » des généralisations, pour ne pas dire du racisme ambiant…
Un autre, ici, sur les discriminations…
En posant maintenant qu’un peu d’intolérance nous est nécessaire, ne serait-ce que pour alimenter en fight de bon aloi l’heure de l’apéro, et aiguiser au passage son esprit critique, je tiens à signaler que je ne vois pas le blog comme un lieu de débat.
Cela dit, le mail me semble un bon compromis. Une bonne partie de cet article est d’ailleurs né d’un échange avec un blogueur qui, c’est rien de le dire, n’aime pas particulièrement l’islam…
Je n’ai pas le souvenir, de son côté comme du mien, d’avoir relevé la moindre insulte ou le moindre jugement de valeur. Comme quoi…
…
Pour finir, je repique à Ken Bruen une autre citation :
Ne croyez jamais à ce qui n’a pas été nié officiellement.
Claud Cockburn, journaliste et romancier d’obédience communiste (1904-1981)
ROUTES MUSULMANES
Corollaire
Je tire du Livre des violences, de William T. Vollman, qu’on ne peut guère suspecter d’angélisme, quelques digressions subsidiaires et vachement pertinentes à mon goût. En gros : Vollman explique qu’il a été bien mieux reçu dans les pays du Croissant que dans son propre patelin. Et qu’il s’est senti là-bas bien plus protégé des vols et des agressions qu’aux Etats-Unis mêmes. Autant de choses que j’ai ressenti à peu près de la même manière. Il ajoute : « le fait que je sois né dans un pays chrétien suffisait à me mettre à part : j’étais l’un des « gens du Livre ». Et les bouddhistes ? (…) Presque tous les amis que je me suis faits dans les pays islamiques les considéraient presque comme des animaux. »
C’est intéressant parce que, si je devais écrire un bouquin de science-fiction, je verrais bien – pour ma part – les trois monothéismes réconciliés partir en guerre, dans une centaine d’années, contre les hordes d’asiates, déferlantes depuis l’Asie centrale ! Mais cet article n’est pas le lieu d’une prospective rigolote. Je voulais juste signaler, encore, que la notion de « groupe » et d’appartenance est fondamentale en dehors du monde Occidental. Il n’y a pas lieu d’en conclure à une différence idéologique majeur, mais bien à des différences structurelles.
J’ai par ailleurs constaté qu’un voleur de pomme pouvait se faire lyncher en pleine rue ; la vie est tellement dure que les solidarités sont massives – et les jugements, immédiats.
A ce titre, tous les piliers idéologiques qui cimentent le groupe sont, à des degrés divers, considérés comme inattaquables. Il en va de la survie même du groupe. Qui, je le rappelle, est nécessaire aux individus puisqu’il n’y a pas vraiment d’état pour prendre le relais.
D’où cette formule de Vollman, qui résume parfaitement la situation : « Les musulmans que j’ai rencontrés avaient moins de chance que les Américains d’être des voleurs brutaux, mais davantage d’être des idéologues violents. »
De fait, dans les pays où l’état « moderne » existe, les fondamentalistes (musulmans et autres) ont beaucoup moins de pouvoir et de crédit qu’ailleurs. En Turquie, par exemple, ils font des percées relativement conséquentes, mais se heurte à une opposition du reste de la société civile sans comparaison avec tous les autres pays musulmans.
Ça devrait (normalement) faire réfléchir ceux qui retournent sans cesse aux textes coraniques pour condamner l’islam dans son ensemble !