Les enquête de J.

Mardi 17 novembre 2009 2 17 11 2009 00:10

 

 

1

 

 

Elle ne serait pas morte si j’étais venu. Elle a le visage tout bleu, le regard encore fou d’un cheval apeuré. Pauvre Catrina.

-      Tu la connais ?

-      Oui.

-      Tu peux l’identifier ?

Je pourrais, oui. Quel intérêt ? Et si je refuse, moi, de voir dans ce tas d’immondices la femme étrange, belle, et séductrice, qu’elle a toujours été ?

Dès le matin, elle s’attifait de soleil ; des dorures jusqu’au trognon, parfumée de frais. Alors ? Ce bout de gras : La Catrina ? Je renâcle :

-      Je la connaissais à peine.

-      Une baise, comme ça, à l’occasion ?

-      Oui. Jamais plus de deux fois par semaine.

Il me tend le rapport d’autopsie. Les mots virevoltent, s'envolent, comme autrefois ses jarretelles… Elle aimait sans prévoir, cigale un peu futile, comme toutes les amoureuses...

 

Sang séché incrusté encombrant les voies nasales. Matière croûteuse brunâtre séchée présente dans la bouche, sur les lèvres; matière croûteuse (sèche) aux paupières

 

Elle est morte d’un arrêt cardiaque. Une thrombose, on appelle ça… parce que le sang a bouché une artère… Dans mon dos, le légiste fait l’article :

 

-      Bon… L’os nasal est intact. Mais la clavicule est déboîtée…

 

Je me concentre. Sur la partie moyenne de la jambe inférieure droite sont éparpillés divers hématomes assez anciens… gris, bruns, à marges indéfinies… Un ancien hématome, plutôt jaune celui-là, à bords flous est présent sur la crête iliaque postérieure gauche. L’hématome le plus récent, gonflé…

 

…lui poche l’œil. On dirait qu’un avocat lui a poussé sur l’arcade !

 

Je garde le silence. Vert, le silence. On se rend pas compte au naturel, comme le corps est comme de la pâte à modeler, tout à fait meuble. Comme il bourgeonne aussi, dès qu’on tape dessus. Il insiste, le légiste :

-      Tu peux vraiment rien me dire ? Son nom ?

Ah ! Il m’emmerde ! Je décroche mon téléphone.

-      Oui ?

Sa voix.

-      C’est J.

-      J. ? Mais…

-      T’es morte, ma vieille. Et faudrait que tu viennes t’identifier.

-      J’arrive.

 

 


Une heure plus tard, La Catrina se pointe ; elle se reconnaît d’office, derrière les plaies. On est à la morgue et l'inox lui flatte pas le teint.

Elle sanglote. Son rimmel lui dégouline jusqu’au menton, deux trainées noires comme des barreaux, et qui finissent de mettre son visage en prison.

-      Oui… c’est bien moi…

 

Et le légiste

de retirer le drap sur son cadavre

en sifflotant.

 

Je la prend par le bras, elle a perdu quelques kilos ; déjà fluette, elle va virer feuille morte, à ce rythme. Je la regarde ; les lèvres tirées, des veinules bleues… Elle est vitreuse, vitrée même : on commence à voir des choses, par transparence, à travers elle :

-      Tu disparaîs de plus en plus, mon amie…

-      Oh ! J….

-      Comment c’est arrivé ?

Je questionne par habitude. Pour la forme. Le fond, je le connais. Le fond, je le touche souvent. Et je retrouve là-bas de vieilles connaissances. La Catrina, entre autres, y a pris ses quartiers. C’est Le Juge qui la bat.

Elle me regarde, elle a changé ; outre les pâleurs nouvelles, elle a le trait contrarié. Elle, si douce et si sexuelle, a les courbes un peu dures d’un seul coup, chargées d’aigreur :

-      Je t’ai appelé, hier soir !

-      Et qu’est-ce que tu voulais que je fasse ?

Elle se mord la lèvre.

Ben, ouais… Elle ne serait pas morte si j’étais venu. Enfin… elle serait moins morte…

 

Son putain de mari la tue un peu plus tous les jours.

 

Et la femme de feu s’épuise ; elle fond du cœur et du cul – bientôt petite, invisible. Osseuse et froide. Moi, c’est son visage qui m’effraie. Il fond plus vite que le reste… ses pommettes, saillantes comme un reproche : je pourrais y accrocher mon veston… Là, j’ai même pas envie d’y accrocher mon regard… Mais…

Quand elle m’appelle, c’est pas pour que je la sauve. Non. Il y a, entre la Catrina et moi, un amour tacite et un accord secret – un arrangement dont je ne pourrais pas révéler les coulisses, ni simplement les termes, puisque j’y avance à vue, sans comprendre moi-même les tenants de cette mystérieuse alchimie…

Comme aux échecs, les entrées sont connues. Je l’agrippe aux hanches. Elle commence par se refuser :

-      Je me sens pas belle…

C’est vrai qu’elle a perdu de sa couleur. Mais je ne suis pas là pour gratter dans les plaies. Moi, ce qui me préoccupe, c’est surtout ses nouveaux effacements. Elle est de plus en plus pâle. Je la pousse sous un porche. Je peux voir les interphones, la porte, les gonds, tout le chambranle, en transparence derrière sa tête. Le Juge, à la force des poings, finira bien par la faire disparaître totalement…

-      Je peux voir en toi comme dans de la flotte…

-      J’ai toujours eu le teint pâle…

-      Je l’ai toujours trouvé lumineux.

-      Arrête…

Je l’embrasse. Elle me saisit la bite, à travers le pantalon. Je la mordille un bon coup :

-      J’ai dû venir à la morgue en urgence… j’ai pas eu le temps de prendre une douche…

-      Cochon…

Elle sourit. Déjà la porte s’estompe : La Catrina reprend un peu d’épaisseur et d’opacité.

Je lui tire le décolleté. Sa poitrine - translucide comme une gelée - révèle ses côtes ! Je lui pince un téton, elle se bascule en arrière...

Quand je ne pourrais plus voir en elle, juste mon reflet dans ses yeux… je la laisserais repartir… Chacun sa nuit !

Je remonte sa robe, je m’égare un peu sur les moiteurs ; elle est restée ludique, elle s’entoure toujours la chatte d’une couronne ajourée, de la dentelle de calais, et le ruban d’organza juste au-dessus… Face à la détresse, c’est la ligne Maginot : cette grâce, ce petit bout d’élégance et de coquetterie – Le Juge n’aura pas sa victoire, tant que sa femme gardera ce genre de dessous. Elle veut plaire, c’est l’essentiel. Et – ça tombe bien – je sais me forcer quand il faut…
 

La caresse est le plus beau mensonge des doigts sur la peau.

 

 

 

2

 

On s’imbrique. A moins que ce ne soit moi qui l’enfile. Peut-être que c’est elle qui m’englobe. Un peu des trois ? Allez savoir. Jamais trop compris ce besoin d’identifier le…

-      Prend-moi !

Ah ! Bon. Erratum : manifestement, là, c’est moi qui mène. Donc.

 

Ne rien laisser transparaître
Et finir transparente


Paraître sans disparaître
Sauver les apparences


La douleur en latence
 
La souffrance en transparence
Les coups pour existence


Ne rien laisser transparaître
Et finir par disparaître

 

 

 

Floc, floc floc. Les voisins ne sont pas contents :

-      Vous pourriez faire ça ailleurs.

-      Ça quoi ?

-      Ça. C’est dégueulasse.

-      L’amour ?

-      Ben, ouais…

Floc, floc, floc. J’avance en chair étrangère et, dans un souffle, La Catrina me demande :

-      C’était quoi ?

-      La morale. Ou la voix de la raison, je sais pas.

Dans un souffle, toujours :

-      Tu sais pas ?

-      Là, tout de suite, les deux sont inutiles.

 

Le simple fait de ne plus voir la porte ou l’interphone me donne sans doute raison.

 

Et l’autre, au-dessus :

-      Je vais appeler, les flics, moi ! Je vous préviens !

 

Ah ! Au temps pour moi… c’était la voix de la Peur, inutile aussi.

 


Quand nous avons jouit, La Catrina et moi, j’ai vu mille lumières jaunes et bleues éclater dans la nuit, des feux d’amour hyperboréens, vraiment c’était beau – c’était les premiers gyrophares.

 


      


  Merci à Henriette Mauvaise Foi, pour son poème


 

 

 

 

Cette enquête se passe entre les chapitres 4 et 5 de

 

Dernière passe d’arme avant reddition

 

 

 

Il s'agit donc du


chapitre 4 ½ 






 
Par Jerome
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Vendredi 25 septembre 2009 5 25 09 2009 00:15

  

5 - RESIGNATION

 

Dans le camion qui le conduit à l’abattoir, le veau n’est pas à la place du mort, mais sur la blanquette arrière.

 

J.

 

L'abattoir. C’est à ça que je pense, là, tout de suite.

 

L’Usurier m’invitait à dîner tous les soirs. Il évoquait ses futurs petits-fils. Il parlait de mariage et de descendance – autant de mots absurdes et lointains que j’écoutais d’une oreille distraite en regardant le fusil, posé sur le coin de la chaise.

Un 22 long rifle.

L’Usurier trimbalait l'arme en bandoulière, prête à l’emploi, des fois que je me barre en courant. Pointé vers le ciel, dans un consentement silencieux, le fusil écoutait – il pouvait aussi se mettre à l’horizontal, vissé sur mon nez, à la moindre contestation de ma part. Avant de descendre son arme vers moi, mon hôte crachait sur le tapis, pour bien montrer en quelle estime il tenait mon intervention.

Autrement dit : je ne bronchais pas. Hagard, commotionné, je regardais s’élaborer comme une toile abstraite les vingt prochaines années de ma vie. Avec l'emportement d'un chef d’orchestre, l’Usurier nous projetait loin jusqu’à la retraite, qu’on prendrait quelque part entre Narbonne et Perpignan.

S’enfuyant dans l’avenir, on lui trouvait presque un regard à l’Usurier : au naturel si vide, avec deux trous de pine à la place des yeux, son visage se fendait maintenant d’un vague éclat de satisfaction. Presque vivant.

A côté, la gracieuse progéniture de ce pécore gloussait en se tortillant sur elle-même, attendant son heure. Elle ne me quittait pas des yeux, la croupe en alerte. Sitôt passé le digestif, l’Usurier s’endormait, vaincu par l’alcool et les digressions ; sa fille me sautait alors joyeusement sur la bite, à même le canapé.

Fallait être vigilant pour échapper à ces deux fous furieux ! Le paternel épuisé par ses conneries passait le relais à sa fifille qui tombait le froc illico pour me visser dans les coussins... mais ce moment de transition révélait des brèches ! Quelques secondes pendant lesquelles la fille prête à l’assaut s’assurait, d’un coup d’œil, que son père roupillait : je profitais de ce moment de flottement pour foncer vers la salle de bain. De là, je pouvais descendre le long de la gouttière, déhotter par la fenêtre, rentrer chez moi... jouir d’un repos de quelques heures, en attendant le soir suivant...

 

Ce soir, l’Usurier a barricadé la maison :

-      Tu manges pas ?

-      J’ai pas faim.

-      Prend des forces. Tu vas en avoir besoin…

Dit-il en saisissant le fusil d’une main et poussant de l’autre des entrecôtes dans ma direction. Et la fille, juste derrière, de glousser.

 

 

Je lui ai donné rendez-vous, pour qu’on s’explique enfin… Elle arrive à l’heure. Elle s’assied. Me regarde. Elle est belle, quand même. Je ne l’ai pas revue depuis le prologue, et je dois bien dire que j’ai été un peu stupide.

-      Entropie ?

-      Oui…

-      J’ai été stupide.

-      Et t’as été lâche.

-      En Amour, les deux font souvent la paire.

-      Tu parlerais d’amour en ce qui me concerne ?

-      Disons que ça s’en approche, mais… je crois que je t’ai utilisée…

-     

-      R. me faisait mal. Et je t’ai laissée entrer dans ma vie… en sachant pertinemment que je te voulais pour…

-      Pour mon cul ?

-      Et pour ce qui va avec… oui… Mais je savais que mon désir était circonstanciel… je te voulais pour l’ivresse et l’étourdissement…

-      Mais dans le fond, tu m’aimes pas.

Une larme glisse le long de sa joue. Tous les mecs qu’elle s’envoie lui disent à peu près la même chose. Y’a vraiment que les tordus pour l’aimer telle qu’elle est.

Je l’ai souvent désirée, pourtant. J’ai même cru – je peux l’avouer, maintenant – que c’était la femme qu’il me fallait. Elle est le vent dans la voilure, le son de la liberté, mais elle demande une énergie qui recommence à me faire défaut…

On rêve tous au-dessus de ses moyens. Comprendre ça, c'est le début de la maturité, c'est-à-dire un avant-goût du cimetière.

Elle sourit. Merde ! Elle ne m’en veut même pas…

-      J. ?

-      Oui…

-      J’ai appris que t’avais des emmerdes ?

-      Des broutilles…

-      Quand je demande si on se reverra, les mecs me disent en général : « jamais »…

-      Jamais ? Qu’est-ce qu’ils en savent ?

-     

-      On dit « jamais » parce qu’on a besoin de bornes sur l’autoroute. On le pense au moment où on le dit. Le reste appartient au hasard.

Elle m’embrasse. Je lui rends son baiser. Il est suave et charpenté.

 

Dernière passe d’arme avant reddition

 

Il est temps de mettre les poings sur les ires.

 

J.

 

« A la fin du chapitre 4, La Catrina va tenter de précipiter les événements : elle va tout avouer au Juge… sur elle et sur moi… »

Elle l’a fait parce que je lui ai demandé de le faire. Je suis l’homme qui a un plan !

Il avait mordu à l’hameçon, Le Juge, en gros squale belliqueux :

-      J. ?

-      Oui.

-      C’est Le Juge. Tu sais ce que je viens de découvrir ?

-      Je sais, oui…

Ce que je sais – surtout – c’est qu’elle ne m’a pas nommé, moi. Je suis juste le tocard qui n’a pas été capable de la surveiller…

Le nom de son amant ? Oh ! Elle lui en a donné un. Je ne sais pas lequel, ça n’a aucune importance.

J’ai proposé de livrer ce salaud.

Le Juge a accepté, suggérant qu’il accepterait de passer l’éponge sur mon incompétence.

Passer l’éponge.

Vu que je faisais la vaisselle pour l’Usurier depuis plus de 10 jours, ça m’a presque fait rire…

 

 

J’appelle La Catrina :

-      C’est moi… c’est J.

-      J’ai failli attendre.

-      C’est la clef du désir.

-      On se retrouve où ?

-      Tu peux noter ?

-      J’écoute…

Trois quarts d’heure plus tard, je l’attache au lit, pendant qu’elle ronronne, le cul vers le plafond. Je lui passe ensuite un foulard dans la bouche ; elle ondule de la croupe, pour signifier son adhésion. Je l’embrasse sur le front :

-      Ça va ?

-      Mmmpffff…

-      Parfait…

Et là, je m’en vais.

 

Je décroche le téléphone, Entropie juste à côté de moi :

-      Monsieur l’Usurier ?

-      Oui… qui êtes-vous ?

-      Mon nom ne vous dira rien… mais je veux que vous sachiez que J. se trouve en ce moment même à [BIP!

-      Il est seul ?

-      Oui.

-      Je sais qui vous êtes…

-     

-      Entropie.

-     

-      J. vous a fait un sale coup, et…

Elle raccroche comme si elle avait honte. Mais tout s’est passé parfaitement. L’Usurier m’attend pour je grimpe sa fille. Et il va venir me chercher à grands coups de pompes…

 

J’entre dans la chambre d’à côté, où La Catrina s’est allongée. Elle attend, elle aussi. Le Juge l’a tabassée. Elle s’y attendait. Ça ne faisait pas partie du plan – c’était juste… inévitable.

 

La porte ne tarde pas à s’ouvrir : l’Usurier entre en trombe. Il avise La Catrina.

-      C’est qui, celle-là ?

-      Mmmpffff…

-      Il est où, J. ?  Ma fille l’attend. Elle ovule comme jamais, c’est le moment. On dirait du mousseux !

Il commence à la détacher, mais j’ai bien serré. Il s’épuise sur les liens. Le Juge entre, furibond.

Il ne voit que sa femme et « son amant », en train de triturer les sangles.

Le Juge abat l’Usurier d’une balle dans la tronche.

La Catrina se retrouve couverte de sang.

Et alors que Le Juge se penche pour défaire les liens, j’émerge de la chambre d’à côté et lui tire dans le front.

Et puis je laisse mon flingue, dans les grosses pattes de l’Usurier.

 

De la dentelle, je vous dit.

 

Je croise le regard de La Catrina. Mais je ne dis rien. A quoi bon ?

Le sang de son bourreau cache ses hématomes, mais un cœur sain bat de nouveau derrière chaque plaie.

 

 

 

EPILOGUE

 

Un tenant du carpe diem passe à la postérité :

si c'est pas de l'intelligence avec l'ennemi !

 

J.

 

Je rentre chez moi… Enfin ! Je fouille la poubelle et débusque une vieille bouteille de Jack Daniel’s. Une bouteille vide. Enfin, vide… façon de parler… Une petite corolle d’or brun clapote encore au fond du culot. Je l’ai jetée trop tôt. Les femmes qui rentrent dans mon bureau n’ont pas été jetées souvent.

Elle ont d’ailleurs ce regard en coin des femmes qui ont beaucoup séduit.

Celle dont j’aperçois la silhouette à travers le dépoli qui me sert de porte vient juste récupérer sa tête.

Depuis le temps…

La tête de L. me regarde avec gentillesse :

-      Tu vas me manquer, J. !

-      Toi aussi, ma belle.

-      Je ne t’oublierai jamais.

-      Tu sais très bien ce que je pense du mot « jamais »…

-      Don’t be a stranger

L. entre. Elle est belle, et elle recouvre mon tabac froid de vapeurs de vigne et de houblon. Mon nom achève de disparaître sur la porte, dans un vieux lettrage de peinture qui s’écaille ; on n’en distingue plus que le J.

Je me cale dans mon fauteuil, dont le cuir grince comme un riff de Louis Armstrong.

-      L. ! Tout va bien ?

-      Je veux ma tête…

-      Elle est là.

-      Je sens que je suis prête.

-      A la reperdre pour quelqu’un ?

-      Oui.

 


I
 

Ce bruit de moteur, un peu mat, un peu épais… J’entends monter de la cave les ronflements de H.

Dans quelques secondes, ils ne monteront plus. Déjà le parpaing filtre les plus aigus, comme une sourdine. J’ai presque fini d’emmurer cette furie. Encore une couche, et… Vous me trouvez atroce ? Bah ! Puisque les choses doivent finir…

Mais si cette fin vous déplait, vous pouvez toujours passer en II
 

 

II

 

H. remonte de son boudoir. Je lui ai fait de faux papiers. Elle est libre. J’espère que sa « convalescence » au fond de ma cave lui a permis de comprendre des choses…

-      Tu vas me manquer, J. !

-      Toi aussi, ma belle.

-      Je pourrais revenir à l’occasion ?

-      Ma cave est ta cave.

On s’embrasse. Et puis elle s’en va.

La journée est bonne. Et… je renifle – y’a comme une odeur. Ça vient de la cave ! Je descends. Cette garde d’H. a laissé pourrir une entrecôte. Ça grouille et ça pue. Elle a déposé l’ensemble sur un petit mouchoir blanc qu’elle a embrassé – j’aperçois la forme de sa bouche et la couleur de son rouge à lèvre. Drôle d’idée.

J’entends alors un bruit suspect. Poc… poc… poc. Oh ! Ça, je SAIS ce que c’est ! Je reconnaîtrais entre mille l’éclat particulier d’un escarpin sur mon parquet. Je remonte les marches quatre à quatre.

 

Les affaires reprennent !

 

Toujours.

 

 


FIN

 

 

CAST

 


J. : J.
    Le Juge : La Jalousie
L'Usurier : L'Egoïsme
         La fille de L'Usurier : ?                             
                     La tête de L. : une femme de tête                 
                   R. : elle est plusieurs...
 H. : H.
         Entropie : c'est le bordel !
   A. : Amour
                 Georges Simenon : doit beaucoup à Pierre Assouline
La Catrina :
La Catrina

     
Polices utilisées :

Courier New
Arial

 

 

Specials thanks

 

Sylvie, Anne, Bonnie, M.-H.,

Thomas R., Bauduc, Ayaquina, Millgram

Virginie A., Marie-Anne C.

 

Et, bien sûr :


Hime (qui a créé H. avec moi)

Stipe

Poupoune

Raimbaud

Mrs_D

Henriette Mauvaise Foi

La Carne, CorinneTit'Goutte & LLDP

RolloTomasi




 

  Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite.

Sauf, évidemment, pour les chapitres 1 à 5

 

 


Ainsi se termine la « première saison » des enquêtes de J., commencée avec Femmes criminelles, je vous absous


Ce dernier post marque tout à la fois les 6 mois de ce blog et mon article N°200…


J’ai tenu ma gageure personnelle, et je vais maintenant aborder ce blog différemment. Pour commencer, je vais laisser tomber la publication quotidienne, et mettre en ligne de manière beaucoup plus aléatoire et irrégulière. (Pour ceux qui veulent recevoir un mail en cas de publication, y'a la newsletter.)


Je tiens en tout cas à remercier les visiteurs.


Merci, donc.


 

Par Jerome
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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 09 2009 00:15



Résumé des chapitres précédents : J. a besoin d’argent. Il travaille pour l’Usurier : il doit récupérer des loyers en retard. Mais J. tombe sur une jeune femme – A. – qui ressemble à son amour perdu. Il n’a pas le cœur de lui soutirer le loyer.

J. surveille par ailleurs La Catrina, la femme d’un homme qu’on appelle Le Juge.

Quand il s’aperçoit que La Catrina trompe son mari, J. la fait chanter et paye le loyer de A.

Tout s’emballe quand La Catrina couche avec J. ; elle veut se débarrasser du Juge et espère que J. va « faire ça pour elle »…

Quand on sait de surcroît que l’Usurier « donne » ses hommes de main à sa fille atroce et libidineuse, on comprend que J. est mal barré…

 


Bon... Je vous le donne en mille, je ne voudrais pas abuser de votre temps : Le Juge est hors de portée. En tout cas pour moi. Raison pour laquelle La Catrina, malgré la douceur de son sexe et le brio avec lequel elle l’utilise, ne pourra pas me transformer en assassin…

A la fin de ce chapitre, elle va d’ailleurs tenter de précipiter les événements : elle va tout avouer au Juge… sur elle et sur moi… Elle espère me pousser dans mes derniers retranchements…

Bizarrement, cette perspective m’amuse. J’attends le fusil comme un vieux compagnon, un corsaire de légende, un mataf un peu bourru qui m’apportera enfin des nouvelles du large…

Le fusil étant chargé de gros sel, ça fera même la saumure et les embruns. Je pense même à louer des mouettes.

De toute façon, qu’est-ce que je pourrais regretter ? R. ne veut plus me voir. Et je dois dire que je me perdrais bien de vue, moi aussi, histoire de passer à autre chose…

 

4 – CULPABILITE

 

Je me paye de mots, mais à crédit - ça donne de la longévité à mes illusions.

 

J.

 

Une main serrée sur l’oreiller, une autre malaxant mes couilles, la fille de l’Usurier est aux anges… A quatre pattes, le gras doucement bercé par le rythme mouvant du coït, elle ne fait que renforcer les allures d’otarie qui m’avaient frappé la première fois. Avec le cormoran d’albâtre sur la commode, je peux presque me croire aux mers du Sud.

Faudra que je songe un jour à lui demander son nom, quand même. Ce sont des choses qui se font…

Le téléphone sonne. C’est La Catrina.

Elle me harcèle depuis que je l’ai montée sur la banquette arrière :

-      J. ? Ça va ?

-      Très bien.

-      Dis-moi… Le Juge ne se doute de rien ?

-      Non.

-      Parfait.

-      Qu’est-ce que tu veux ?

-      Te voir.

-      Je suis dans une autre, là.

-      Passe après.

Elles vont m’épuiser, toutes. C’est pas possible.

-      Je vais voir ce que je peux faire…

-      T’as pas honte ?

-      De quoi ?

-      De tromper Le Juge.

-     

-      Moi, je suis sa femme, c’est normal. Mais, toi ? Tu bosses pour lui, quand même !

Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ?

Rien. De toute façon, elle a raison : je suis vraiment l’achevé looser, sordide en tout. Le mieux, c’est de se taire.

 

 

"L'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est le sexe. Les lois de la physique nous apprennent qu'il est plus difficile de détacher deux corps accolés par leur centre que par l'une ou l'autre de leurs extrémités."

L'information nous vient de Tarun J Tejpal.

Il n'avait clairement pas un seau d'eau froide à portée de main. Dommage, ça lui aurait ouvert des perspectives intéressantes sur l'impermanence des choses.

 

 

Je prends le bus. Je me sens vaseux. La déprime, diront les moins observateurs. La vérité, c’est que j’ai pas pris de douche après l’entrée de ce chapitre et que je porte encore sur moi les humeurs de la fille de l’Usurier.

R. ne veut plus me voir. Elle a raison. La Catrina croit encore que je peux trouver une solution concernant Le Juge. Merde ! Est-ce qu’on affronte le destin quand on a l’âme d’un colibri !? Je me sens de taille à chanter le printemps. Voire à passer l’hiver, en y mettant toutes mes ressources. Pour le reste… faut rien me demander.

Un mec vient s’asseoir à côté de moi. Il renifle. Son nez circule dans l’air, de gauche à droite, jusqu’à mon épaule. Il me toise :

-      Eh ! Mec… tu sens la chatte…

Je penche la tête, discrètement. Je crois qu’il a raison. J’évite de répondre. Qu’est-ce que je pourrais dire ?

Il se retourne vers son voisin :

-      Qu’est-ce t’en penses, toi ?

Et l’autre d’inspirer à grandes goulées. Il se lève, vient me visser la truffe sur le ventre :

-      Aucun doute. Ça sent la femme !

Et moi :

-      Non, c’est le café.

-      Ah ! je sais reconnaître, quand même !

Le bus continue son avancée. On regarde tous ailleurs. On dodeline, parce que la chaussée est un peu rude, dans le quartier. Les deux gars sont d’un naturel stoïque. Du coin de l’œil, je vois quand même danser leurs vibrisses, les narines en alerte. Ils en perdent pas une miette, les salauds ! Le premier a déjà une bosse suspecte sous le pantalon. Faut qu’on arrive ! A ce rythme, je ne me donne pas dix minutes avant de me retrouver violé sur le tableau de bord.

 

 

Je sonne à la porte. A. m’ouvre :

-      J. ?

-      Je peux entrer ?

-      Bien sûr…

C’est douillet, chez elle. Je vise le canapé et le rate de peu. Mais le tapis est confortable, et je n’ai pas vraiment envie de me relever.

-      J., qu’est-ce que tu fais par terre ?

-      C’est mon domaine.

Elle commence à me caresser les cheveux. Puis elle s’allonge à côté de moi et met son visage dans le creux de mon cou :

-      Tu m’as jamais demandé si j’étais célibataire…

-      T’es célibataire ?

-      Oui…

-     

-      Je te plais pas ?

-      Si…

-     

-      Mais depuis mon histoire avec R., je suis incapable de baiser une fille qui me plaît…

Elle ne dit rien. Et je commence à raconter, tout,  L’amour viendra, petite. Tous les détails, les nuits tout seul… Je lui trouve plein d’excuse, à R. : que je suis pas le mec fréquentable, nombriliste, et puis radoteur, emmerdeur compulsif… En cours de récit, A. se relève :

-      Bon… c’est pas tout ça, mais…

Elle me pousse un peu du pied :

-      Faudrait que tu partes, là.

Je crois que je l’ai vexée. Je lui file du pognon, je lui sauve la mise ; je débarque chez elle – et c’est pour lui raconter ma (triste) vie !

Elle s’offre comme exutoire purement sexuel, et je passe à côté.

En partant, je jette un coup d’œil à sa bibliothèque. Elle s’en aperçoit, et puis :

-      Te fatigue pas, avec les bouquins… C’est ceux de mon ex… Au fait ! 1275 âmes : il est déjà là !

 

 

« A la fin de ce chapitre, La Catrina va tenter de précipiter les événements : elle va tout avouer au Juge… sur elle et sur moi… »

Sur le palier, le téléphone sonne. Entropie ? Non. Le Juge.

-      J. ?

-      Oui.

-      Tu sais ce que je viens de découvrir ?

-      Je sais, oui…

Silence. Je me demande ce qu'il lui a fait. Le plus simple est encore de poser la question :

-      La Catrina est là ? Je peux lui parler ?

-      Elle dort.

-      Elle dort ?

-      En tout cas elle ne se relève pas.

-      Elle respire ?

-      Ouais, y’a une bulle de sang qui gonfle et dégonfle, sous les narines…

-      C’est qu’elle respire !

-      Je pense aussi.

-      Vous pouvez mettre la main sur son poignet ?

-      Voilà…

-      Le pouls ?

-      Il est régulier.

-      Parfait. Bon… Juge… j’ai un emploi du temps serré. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Le silence qui suit n’est pas du genre « gêné », non, je dirais plutôt : sépulcral.

Et Le Juge raccroche.

Moi aussi, je raccrocherais bien, mais c'est ça, la vie : faut se supporter jusqu'au bout.

 

A SUIVRE…  en cliquant ici...

Par Jerome
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