Nouvelle(s)

Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 00:15


Il a cette dureté teintée d’arrogance qu’on pourrait prendre pour du caractère : il a simplement les facilités d’un homme bien né, qui s’offre en sus le plaisir de jouer les cyniques.

Il appartient à un milieu suffisamment puissant pour que la défense de ses intérêts propres se soit, au fil des ans, élaboré en système politique. L’arrivisme des pauvres, au moins autant que leur fascination pour le pognon, a donné à ce système une tribune et, dans la foulée, l’élan d’un projet national. Mieux : il est entré dans les mœurs. Et l’arrogance se partageant beaucoup plus facilement que l’argent, nous pouvons maintenant croiser à chaque carrefours des petites gens tondus par les dettes, mais gavés de morgue à prétention aristocratique.


Il a dépassé la cinquantaine, sans se presser. Il est intelligent. Mais ça lui demande un effort soutenu. Quand cet effort l’ennuie, il récite les mantras de son milieu d’origine. Souvent teigneux, les mantras : les riches qui ont honte d’être riches et honte de leur honte sont parfois comme ça. Agressifs.

 

Tout riche qu’il est, il n’a pas le cul bordé de nouilles, non, juste de varices qui lui courent sur les fesses, attendu que ce genre de fesses voient peu le soleil ou le gazon frais.

Enfin, je présume. Je dis ça pour être désagréable. Dans la vraie vie, j’ai jamais regardé son cul.

Les banquiers n'ont pas un cul intéressant.

Leur tronche me suffit.

Et encore : rapport à mes projets, seul le cou peut s'avérer utile.

 

 

Par Jerome
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 10:30

PROLOGUE

 

LE SOUS-SOL ET L’ALCÔVE

 

 

Clausewitz ? Oh ! Je vais vous en parler, de Clausewitz… Pas le théoricien, non : le manutentionnaire.

 

L’alcôve

 

Elle laisse tomber sa robe, un souffle de satin qui lui chatouille la peau. C’est une femme dont on taira le nom. Entre autres parce qu’elle s’apprête à refaire sa vie. Merci Clausewitz.

Ce mec l’impressionne. Alors elle se met à poil. Vieux réflexe. Elle est plus forte quand elle est nue ! Elle est féminine dans ce que la féminité a de plus modelée par les mâles. Elle les tient comme ça. Elle tient les hommes, autant qu’ils la veulent. Son corps : son arme et sa malédiction.

Son regard, ce qu’il faut de perversité et d’innocence. Un cas d’école ! L’école de la rue. C’est pas la meilleure, contrairement à ce qu’on dit. En tout cas pas la plus saine. Tout est toc, sur le trottoir. Et les attitudes plus que le reste. L’innocence est jouée de longue date – au moins autant que la perversion. Mais c’est une fille de rose et d’or, elle a survécu. Son attitude, ce soir, dit toute sa reconnaissance… et, surprise de dernière minute, sa fragilité

 

Pour une fois, elle ne cède ni ne vend quelque chose : elle se donne. Elle était vieille comme le monde, la voici vierge comme un lendemain.

 

Clausewitz essaye des gestes. Les mots, il ne les sait pas. Enfin, il les devine : il regarde la télé, comme tout le monde. Les chromos d’usage, il les connaît, sans en comprendre le sens. Ça ne l’intéresse pas. Pas encore. Il se concentre. Elle passe sa main contre son torse. Elle tremble un peu.

 

Elle est libre ! C’est la fin des souillures. C’est la fin des contraintes. Et c’est grâce à lui. Elle se lave le regard d’une ou deux peurs rétrospectives, qui gonflent en larme et viennent s’échouer sur le coin de ses lèvres.

-   Il est mort ?

-   Oui.

 

 

Le sous-sol

 

 

Clausewitz s’est assis dans le bar. Le Barnum. Le vieux Donald s’endormait au-dessus de sa Guiness.

-   C’est toi, Donald ?

-   Va te faire foutre.

C’était bien Donald. Clausewitz a dégagé le tabouret d’un coup de pied, le vieux est tombé en avant et s’est enfoncé le menton dans sa bouteille. Clausewitz l’a chopé par les cheveux et l'a re-balancé dans la Guiness. Cette fois, le verre a éclaté. Et le menton du vieux Donald aussi.

 

Clausewitz a ensuite senti cent douze kilos de barman lui tomber sur le dos. Et puis il n’a plus rien senti du tout. Rien sentir, c’est sa nature. Son métier, en somme. Quasiment son fatum. "Son arme et sa malédiction."

 

Il s’est réveillé à poil dans une cave. Il s’en foutait. Ils l’avaient amené où il fallait. Clausewitz rend service. Clausewitz est un homme serviable. Deux mecs faisaient les cent pas autour de la chaise où il était attaché. L’un d’eux laissait traîner une barre à mine sur le sol, et elle faisait un sale bruit métallique. Un bruit de barre à mine, quoi. Ils attendaient.

Ils n’ont pas attendu longtemps : un mec « en survet’ » est descendu.

-   T’es qui, toi ?

-   Clausewitz.

-   Clausewitz… et puis ?

-   Juste Clausewitz.

-   Et t’es un genre d’emmerdeur ?

-   On peut dire ça. C’est toi, Riri ?

Le mec à droite lui balança la barre à mine en travers de l’épaule. Clausewitz grimaça. Fallait au moins leur donner ce plaisir.

Riri souriait.

Le vieux Donald avait refilé ses affaires de tapin à ses trois neveux. Tout le monde les appelait Riri, Fifi et Loulou. Forcément. Faut dire que les gens ont de l’humour. Enfin, il paraît.

Loulou était introuvable depuis que Riri l’avait assassiné.

Fifi était en taule, pour le meurtre de Loulou.

Riri ne plaisantait plus.

-   Tu vois ce tesson ?

-   Ouais…

-   C’est celui que j’ai retiré de mon oncle, après ta visite.

-   Pourquoi ? Tu voulais récupérer la consigne ?

Le deuxième jet de barre à mine l’envoya valdinguer sur la terre battue. Un premier coup de pompe lui enfonça le plexus. Clausewitz se concentra. Fallait protéger ses reins. Des chaleurs, ici et là. Concentre-toi. Les deux nervis le frappaient dru. Juste où il fallait. Des pros. Ils frappaient pour faire mal, pas pour tuer – et Clausewitz pouvait s’abandonner. Ils leur faisait confiance, en somme.

Très vite, Riri leur demanda d’arrêter.

Ils détachèrent Clausewitz.

-   Pourquoi t’as attaqué le vieux Donald ?

-   C’est pas ça, la bonne question…

Un autre coup de pied s’annonçait. Riri leva la main :

-   Et c’est quoi, la bonne question ?

-   « Pourquoi tu veux me rencontrer ? »

Clausewitz se remit debout.

Il était nu. Le corps couturé. Des cicatrices anciennes, des marques légères – il en avait partout.

Riri le regarda bizarrement.

-   OK… alors… pourquoi tu veux me rencontrer ?

Clausewitz se concentrait sur lui-même. Les chaleurs. Les picotements. Une sorte de poids, juste aux poumons. Peut-être une ou deux côtes cassées.

Le prix fort. Mais…

 

Riri ne se montrait jamais. Pour le voir, fallait pénétrer dans son fief. Clausewitz n’avait pas trouvé d’autres moyens que le vieux Donald.

 

-   T’as entendu ?

Le mec à la barre à mine bouscula Clausewitz. Clausewitz se retourna et lui retira la barre des mains. Il la lui renvoya dans la gueule dans le même mouvement.

Riri n’en revenait pas :

-   Mais… t’es trop con, mec.

Le second connard se jeta sur Clausewitz et lui planta son couteau dans la cuisse. Clausewitz n’avait rien vu venir. La tête lui tournait. Peut-être une hémorragie ? Fallait se dépêcher. Il retira le couteau de sa cuisse et le remonta droit dans la mâchoire du second connard.

Et de deux.

Riri s’apprêtait à foutre le camp, mais Clausewitz le chopa par le cou.

-   Je… qu’est-ce que tu veux, mec ? Qu’est-ce que tu veux ?

La peur. Clausewitz est habitué. Clausewitz fait peur. Il fait peur depuis sa petite enfance. Il se mordait sans s’en apercevoir, il avait des lésions des lèvres et de la langue. Il s’était plusieurs fois cassé les doigts et sa main gauche ne portait plus d’index. Un médecin avait remarqué de nombreuses lésions osseuses, des infections, des « corps étrangers » incrusté dans la peau… L’enfant, lui, jouait sans s’apercevoir de rien. Frankenstein au bac au sable.

Clausewitz est un mec qui ne souffre pas. Une analgésie congénitale, on appelle ça.

 

 

-   T’es qui, bordel ?

Clausewitz repoussa Riri contre un mur et ramassa la barre à mine.

 

Là, une boule de chaleur. Ici, un picotement. Clausewitz est habitué à repérer les signes. Se concentrer. Ne pas traîner – l’hôpital, vite.

Clausewitz est incapable de dire si le couteau a touché une artère. A priori, non. pas à cette endroit, pas dans ce sens. Il regarde son hôte.

-   Je n’ai jamais senti la moindre douleur. La douleur m’est inconnue.

-  

-   Toi, en revanche, tu as pris un grand plaisir à voir celle de quelqu’un…

-   Qui ?

-  

-   C’est… C’est une femme ?

Il passe en revue la somme des salopes qui veulent sa mort. Trop longue, la revue. Premier acte : Clausewitz lui enfonce la moitié du front. Riri tombe en avant. Deuxième acte : la barre finit sa carrière de barre contre la tempe du neveux prodigue. Rideaux.

 

Clausewitz remonte dans la rue. Il titube. Il se rend à l’hôpital. Il est hagard. Qui ne connaît pas la douleur ne fait pas partie de ce monde. La douleur conditionne trop de choses. Et peut-être aussi le sens moral. Si Clausewitz comprend l’idée de Justice,

 

          parce qu’il est pragmatique,

 

en revanche, le reste lui échappe.

 

« Mouais… Quel bande de pitres ! » se dit parfois Clausewitz, quand il voit vivre ses contemporains.

 

 

L’alcôve

 

 


Elle le regarde, émue.

-   Merci, Clausewitz.

-  

-   C’est quoi, ton nom ?

-   Clausewitz.

-   Clausewitz… et puis ?

-   Juste Clausewitz.

Le prix a été convenu à l’avance.

Elle est nue. Elle est nue dans ce que la nudité fait de plus animale. Un chef-d’œuvre de désir et de fragilité. Elle se presse contre lui. Il croit aimer cette femme. Si tant est qu’une curiosité un peu tenace pour un individu puisse se comparer au sentiment amoureux.

Elle se sent maladroite. Merde ! Elle a montré son cul sous toutes les latitudes. Mais cet homme lui révèle ce que sa nudité veut dire – et le don qu’elle implique.

Elle ne sait pas comment le regarder.

Elle soupire, un peu nerveuse, elle savoure sa gêne comme un nouveau départ. Une sucrerie longtemps repoussée. Elle constate même, entre deux sourires, qu’elle se cache un peu les seins…

Elle a fait bander la moitié de la ville. Pour tout ce qui touche au sexe, elle ne connaît pas l’échec.

 

Eh, ben… Y’a un début à tout.

 

Quand elle le suce, il peut quasiment compter ses plombages. Clausewitz tourne les talons. Elle vacille. Première blessure d’une vie qu’elle voulait moins violente que la précédente.

 

Il se dit qu’en la quittant, il sentira peut-être quelque chose. Après tout, il l’aime bien. Allez ! Une douleur, même fugace ? Peut-être juste la peur de ne pas la revoir ? Que dalle. Y’a un début à tout. Sauf pour Clausewitz. Qui reste à quai la plupart du temps.

 

Je ne connais que la transparence du jour et les mensonges de la nuit.

 

Et le voilà dehors, à nouveau. A regarder vivre les autres, c’est-à-dire à les regarder souffrir. Sans comprendre. Indifférent. Bah ! Il trouvera bien un jour…

 

Elle se sent très nue, vraiment nue, l’autre. Sa fragilité nouvelle lui revient dans la gueule. C’est la fin des souillures. Plus de contraintes. Et elle découvre la honte au moment où la peur l’abandonne.

 

 

 

Clausewitz ? Oh ! Je vais vous en reparler, de Clausewitz… C’est que le début...

 

A SUIVRE….



Par Jerome
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 11 2009 00:10

 

 

La fille ne pleurait plus. Elle avait renoncé, en somme.

Peut-être même qu’elle s’absentait, le temps du viol… c’est souvent comme ça que ça se passe…

Werner soufflait pire qu’une turbine, concentré.

La fille, elle, regardait le plafond. Elle l’avait jamais vu sous cet angle, je suis sûr.

Souvent, je m’allonge dans mon salon. Et les murs, pourtant si familiers, me font toujours un drôle d’effet.

Quand Marion m’a surpris, comme ça, la première fois, elle a un peu ricané. « Qu’est-ce que tu fous par terre ? » elle a dit. Mais… je sais pas… j’essayais de comprendre. Quoi ? Ben… quand on revient de la guerre, les choses sont différentes.

Ton lit n’est plus tout à fait le même lit, les assiettes ne sonnent plus de la même manière. C’est tout toc pacotille, d’un seul coup, ton quotidien ; faut renégocier les habitudes.

Là, il trimbalait avec lui, Werner, trois mois de caserne. Au temps pour la fille !

Le caporal était passé le premier. Et Werner avait tombé le froc avant les autres. Et là, ma foi, il s’obstinait.

On se trouvait comme ça, sept huit bidasses. Dans un salon rempli de breloques arabisantes, et puis des dorures, des carpettes chargées de volutes à la con.

La fille avait un peu râlé, au début… pour la forme, peut-être pour gagner du temps… Dans le fond, elle savait déjà les choses ; comme on vide un appart’ avant le passage des huissiers, elle se préparait la chatte à vitesse grand V ! Elle enlevait tout ce qu’elle avait mis de valeur dedans, et s’était à mon sens barré bien avant le premier intrus.

Elle avait forcément rêvé de garçons, quand elle était plus jeune. A quoi ils ressemblent, les garçons « à midinettes » dans ce patelin ? Comment vous voulez que je le sache.

« Qu’est-ce que tu fous par terre ? » Et elle riait, Marion. Moi qu’aime tant la voir rire, là, ça m’a énervé. Je lui ai mis une baffe. Pas méchante – plutôt le genre « automatique », voyez. La première. Juste avant de fondre en larme.

Elle m'a consolé.

On s’était rencontré au lycée, Marion, moi. Elle m’a tourné la tête quasiment le premier jour. Elle avait de longs cheveux, à l’époque. Elle les a gardés longtemps. Quand je me suis relevé de mon parquet, quelques années plus tard, pour lui mettre cette fameuse baffe, elle s’était fait la tronche à Louise Brooks.

J’avais rêvé de ses cheveux tout le temps de la guerre. Et elle les avait coupés. Alors je pleurais :

- Pourquoi t'as coupé tes cheveux ?

Elle me consolait. "Ils vont repousser."

Je lui disais des choses de fille, des mots d’amour, j’inventais mille tendresses nouvelles, et puis des trucs un peu cochon, rien que pour lui voir le rose aux joues. J’aimais bien le binôme, vu qu’elle a les yeux roses aussi, complètement dans cette couleur « buisson », le genre qu’on trouve à Chenonceaux.

J’ai perdu le goût des roses.

Et Werner continue. « Je viens » il dit.

Les autres s’impatientent.

Elle rêvait de garçons, elle aussi. La salope, là. Je suis sûr.

Mon couple s’est déglingué dès la deuxième baffe. Et quand j'ai pleuré, juste après, Marion m'a déjà moins consolé. Comme quoi.

C’est pourtant pas la baffe qui l’a gênée, Marion, ni les coups de pompes qui ont suivi, non. C’était mon silence.

Et puis aussi le fait que je dorme tout le temps par terre, faut être honnête.

Mais... Elles veulent des mots, les femmes ; l’essentiel, c’est de causer. Un minimum.

Je ferme les yeux. J’entends Werner, il souffle ; j’entends même pas les muqueuses, pas comme d’habitude en tout cas. Un bruit sec.

Un torchon qu’on frotte.

J’ai mon flingue dans une main.

Avant que les autres aient le temps de comprendre, j’explose la tronche de la fille à bout portant. Werner tente de se dégager, mais mon canon le bloque dans son recul : j’ai vissé mon Beretta dans sa nuque.

- Sois gentil avec elle, Werner.

- Merde…

Il regarde sous lui, le visage en vrac de la fille. C’est pas beau, un visage, vu de l’intérieur – quand on l’étale sur 2 mètres, c’est encore pire.

Et moi, je pense à Marion.

- La tendresse, Werner.

Dans mon dos, les autres ont sorti leurs flingues. Des Beretta, comme le mien. Je sens tout le poids des viseurs, en plein sur mes omoplates.

Du coup, je parle à voix basse : ce qui va suivre ne les regarde pas. C'est entre nous. Werner, la fille et moi.

J’ai le temps. Werner aussi. Il pleure, ce con. Il est encore « dedans ». 

- Sois gentil, Werner.

Elle rêvait de garçon, elle aussi.

- Les mots roses, Werner.

- …

Et puis un peu de doigté aussi.

- Continue.

J’accentue la pression de mon flingue. Alors Werner recommence son va-et-vient.

- Gentil, Werner ! Prend ton temps. Sois doux. Voilà. Faut que tu murmures avec tes reins. On changera le rythme, faut la surprendre, mais là… du velours, une caresse… Et le cou, Werner ; le cou. Mordille le cou.

Il geint. Le con. Je le pousse un peu plus. Le cou, bordel !

- On va démocratiser les langueurs, Werner. Elle a des droits de frissons. Mordille. Voilà… pas trop fort… faut pas froisser ce petit grain de peau, juste souffler dessus…

La voix du caporal, dans mon dos. Je l’ignore. Qu’est-ce qu’il connaît à l’amour, ce petit bousilleur ?

Avait de perdre Marion, je peux me venter d’avoir chanter l'amour comme personne. Et c’est pas des militaires qui vont m’apprendre le boulot. Marion. J'ai des larmes plein les yeux.

- La peau, Werner. Tu marches sur un tapis de pétales, là. Tu pleures à Bagatelle, Werner ? T’aimes pas les roses ? Alors… Doucement. T’es dans le pourpre, là, sur les faïences.

- Oooh… putain…

- Pousse la chemise, un peu. Tes mains.

Elle aimait ça, les caresses.

- Pose tes mains sur ses hanches, qu’elle sente tout le poids de ton désir.

Il s’affaisse sur elle, en plein sur le ventre ; ça sort en gerbe du trou, par le haut… Pauvre fille, si maquillée, ce matin encore. Le nombre de femmes qui se maquillent, même pendant la guerre, même en enfer, c'est pas croyable...

Le caporal, derrière. L’emmerdeur. Des sommations inutiles.

Moi, je pense à Marion.

- Werner… dis-lui que tu l’aimes. Moi, j'ai pas su...

- …

- C’est important, Werner. Accélère un peu… et puis dis-lui que tu l’aimes. Juste là, dans l’oreille. Enfin.. ce qu’il en reste…

Il bredouille un truc.

- J’entends pas, Werner.

- …

- J’entends rien. Et vu son état, je doute qu’elle entende mieux. Elle est loin, tu sais !

- …

- ELLE ENTEND RIEN, WERNER ! FAUT LA CONVAINCRE, PUTAIN ! ALORS TU VAS LUI DIRE TON AMOUR AVANT QUE JE T’EXPLOSE LA GUEULE AVEC MON BERETTA !

- Je… je t’aime…

- Encore.

- Je t’aime.

- Plus près.

- Je t’aime.

- Dans le creux, je veux la voir vibrer. Elle a des droits, Werner.

- Je t’aime.

- Plus fort.

- Je t’aime !

- PLUS FORT !

 

- JE T’AIME !


Voilà. Je range mon flingue.

Werner se retire de la fille, avec un « floc » amusant.

Deux de mes collègues me chopent et me collent au sol.

 

Je suis content. Dix minutes d’amour total. Et le monde est meilleur.

 

 

Par Jerome
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